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Différencier le cerveau des muscles

Durant des milliers d'années, des parents perplexes ont posé la même question :

Pourquoi nos enfants se comportent-ils comme ils le font?

Les enfants adorent maintenant le luxe; ils ont de mauvaises manières et méprisent l'autorité; ils manquent de respect envers leurs aînés et préfèrent le bavardage à l'exercice physique. Les enfants ne sont plus les serviteurs, mais plutôt les tyrans de leurs habitations. Ils ne se lèvent plus lorsque les aînés entrent dans une pièce. Ils contredisent leurs parents, chuchotent devant les invités, se réservent les aliments de choix à table, croisent leurs jambes et tyrannisent leurs professeurs.

Socrate, 5e siècle AD1

Les adultes ont longtemps lutté pour tenter de comprendre les pensées, les paroles et les actes des jeunes. Pendant des siècles, nous avons imputé aux temps ou à la nouvelle génération le comportement des enfants et des adolescents. Dans les dernières décennies, on a pointé du doigt les déchaînements hormonaux. Ce n’est que dans la toute dernière décennie que les progrès scientifiques nous ont permis de découvrir que la véritable explication se trouve dans le développement normal du cerveau humain.

Jusqu'à tout récemment, les scientifiques avaient conclu que le cerveau humain se développait entièrement au cours de la petite enfance. Ils pensaient qu’il y avait une poussée de surproduction de matière grise pendant les 18 premiers mois de vie, suivie d'un déclin constant suite à l’élimination des circuits inutilisés. Grâce à la technologie d'imagerie interne connue comme l'IRM (imagerie par résonance magnétique), nous savons maintenant que la croissance du cerveau durant la petite enfance n’est que la première vague de développement.

Nous savons maintenant que la puberté débute dans le cerveau.

In the late 1990s, Dr. Jay Giedd and colleagues at the National Institute of Mental Health in Bethesda, Maryland, discovered a secoÀ la fin des années ’90, le docteur Jay Giedd et ses collègues du National Institute of Mental Health à Bethesda, Maryland, ont découvert une seconde vague de surproduction de matière grise. Cette seconde vague se produit juste avant la puberté et est suivie d’un émondage majeur des synapses du cerveau, durant l’adolescence. Alors débute la dernière phase du processus de vieillissement structurel du cerveau, aux alentours de 16-17 ans2. Et, la croissance du cerveau n’est pas complétée avant que ne soit bien entamée la période de jeune adulte, plafonnant aux alentours de l’âge de 25 ans.

Imagerie temporelle suivant le vieillissement du cerveau de l’âge de 5 à 20 ans
Source des images du cerveau : Avec l’aimable autorisation de : Dr. Paul M. Thompson, Laboratory of Neuro Imaging

Les images de cerveaux montrées ici ont été montées à partir de scanographies d'IRM d’enfants en santé. Le rouge indique plus de matière grise (le “travail tissulaire” du cortex cérébral), et le bleu indique moins de matière grise. Alors que le cerveau acquiert de la maturité, la matière grise décline suivant une vague de l’arrière vers l’avant, reflétant l’émondage neural normal durant l’adolescence.

Chez les jeunes enfants, les premières zones du cerveau à se développer sont l’extrême arrière et l’extrême avant. Ce sont là les zones responsables des fonctions les plus basiques, telles que le processus des sens et du mouvement. Ensuite, les zones impliquées dans l’orientation spatiale et le langage (les lobes pariétaux) se développent. Jusqu’à ce que les enfants aient atteint 11 ans, la partie du cerveau qui éventuellement composera avec la pensée abstraite – le cortex – n’est toujours pas entièrement développée. Leur compréhension du monde se limite à ce qu’ils expérimentent directement, incluant ce qu’ils connaissent déjà, ce qu’ils voient, touchent et entendent.

Les zones ayant des fonctions exécutives plus avancées, incluant le cortex préfrontal, le centre de raisonnement et de résolution de problèmes – se développent en dernier3. De façon importante, le cortex préfrontal gère également la mémoire de travail, le contrôle de l’inhibition et des impulsions. Donc, le développement tardif du cortex préfrontal signifie que beaucoup d’ados ne sont tout simplement pas équipés pour reconnaître les conséquences de leurs actions. Chez les adultes, un lobe frontal complètement développé dévie les impulsions provenant d’autres parties du cerveau. En comparaison, le cerveau de l’ado manque de freins et les parents en constatent les conséquences.

Personne ne sort de l’adolescence indemne. Même l’adolescent le plus docile, le plus intelligent, le plus obéissant et le plus sensible se verra, à un certain moment, confronté à un visage d’adulte plein de colère et d’incrédulité, criant : « À quoi pensais-tu? »4

- David Walsh, auteur et psychologue.

Alors, que signifie « l’émondage neural »? Dans la science de la neurologie, l’émondage est un terme décrivant le processus selon lequel les synapses inutilisées – les petites branches dans le cerveau qui transmettent les signaux chimiques entre les neurones – sont retirées dans le développement normal. Les neurones sont les cellules nerveuses qui transmettent l’information dans le cerveau par des signaux électriques et chimiques.

Les bébés viennent au monde avec à peu près 100 milliards de neurones, chacun d’eux ayant une moyenne de dix milles branches ou synapses. Seulement environ 17 pour cent des neurones sont reliés. Dans les semaines, mois et décennies suivantes, tous les autres milliards de neurones se branchent ensemble. Pendant les premières années de la vie, le nombre de neurones diminue environ de moitié, à mesure que le cerveau s’émonde lui-même. Les synapses sont reliées afin de rendre plus efficace la transmission de l'information dans le cerveau et les zones de celui-ci qui ne sont pas utilisées sont appelées à disparaître.

L’approche « utilisez-le ou perdez-le » concernant les connexions neurales, explique pourquoi certaines habiletés, tel que l’apprentissage d’une langue sans accent, ne peuvent généralement être développées qu’avant la puberté. Cela signifie que le cerveau de l’adolescent effectue des bonds cognitifs, mais également qu’un ralentissement graduel d’autres habiletés6 se produit

L’adolescence est une période de changements neurobiologiques et comportementaux substantiels, mais le cerveau adolescent n’est pas un cerveau d’adulte brisé ou défectueux… Ces changements et l'énorme plasticité du cerveau chez les adolescents font de l'adolescence une époque de grands risques et de grandes occasions. 7

- Jay Giedd, Chef de l’unité d’imagerie du cerveau, en pédopsychiatrie, NIMH

Compte tenu de l'énorme activité du cerveau qui se produit au cours de l'adolescence, il n'est pas étonnant que nous trouvions nos enfants mystifiants à ce stade. Les adolescents peuvent avoir atteint la taille corporelle des adultes, mais leur infrastructure interne est loin d’être complétée. C’est pourquoi l’éminente pédopsychiatre, la docteure Jean Clinton, nous a laissé deux mots à retenir lorsque nous parlons des adolescents: « En construction. »

Les centres de commandes supérieures du cerveau ne se développent que bien après que les enfants aient quitté l’université. La quantité de matière grise augmente jusqu’à l’âge d’environ 24 ans chez les femmes et de 27 ans chez les hommes. Donc de leur plus jeune âge jusqu’à celui de jeune adulte, le cerveau en développement de nos enfants bénéficie de la guidance parentale pour une longue période. La question est : Quelle forme doit prendre notre guidance pendant que nos enfants grandissent et changent?

Notes:

  1. Attribué à Platon, selon William L. Patty et Louise S. Johnson, Personality and Adjustment, (New York: McGraw-Hill, 1953), p. 277.
  2. Science Magazine, Éditorial, (novembre 2004); Time Magazine, (10 mai, 2004).
  3. Elizabeth R. Sowell, Paul M. Thompson, Kevin D. Tessner, et Arthur W. Toga, “Mapping Continued Brain Growth and Gray Matter Density Reduction in Dorsal Frontal Cortex: Inverse Relationships during Postadolescent Brain Maturation,” Journal of Neuroscience, (novembre, 2001).
  4. David Walsh, Why Do They Act That Way? A Survival Guide to the Adolescent Brain for You and Your Teen, (New York: Free Press, 2004), p. 55.
  5. Ibid., pp. 27-28
  6. Barbara Strauch, The Primal Teen: What the new Discoveries about the Teenage Brain Tell Us about Our Kids, (New York: Random House, Inc., 2003), p. 39.
  7. Jay Giedd, “The Teen Brain: Insights from Neuroimaging,” Journal of Adolescent Health, Volume 42, volume 4 (avril 2008), pp. 335-343.

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